Gestes éphémères

19 novembre 2005 | Info | Creations
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Performance vidéo-musicale
en duplex de Fribourg et Romainmôtier

3 décembre 2005, 20:00

Avec, à Romainmôtier:

et à Fribourg:

Maité Colin et Michael Egger, travaillent depuis plusieurs années la vidéo en collaboration avec de nombreux intervenants : musiciens, peintres, scientifiques ou jeunes adolescents. Dans le cadre intime de L’Arc, ils présentent leur dernière performance, un travail en cours autour du geste de création qu’accomplit en direct le peintre Wojtek Klakla : élaboration d’une oeuvre éphémère au milieu de laquelle circule le public. Une musique spontanée - en interaction avec le travail visuel - est jouée au même moment dans la galerie Fri à Fribourg par Hans Burgener (violon), Markus Lauterburg (percussions) et Gérald Zbinden (guitares et effets sonores) et envoyée par streaming (internet) à Romainmôtier.

Un artiste qui peint en direct une œuvre éphémère, une vidéaste-bassiste qui joue les images de ce geste pictural, un mixer-vidéaste qui les retravaille en direct, des musiciens qui improvisent sur de telles données reçues à distance et avec retard : tels sont les ingrédients de base de cette performance audacieuse, qui se déroulera en simultanée dans deux lieux - les vidéastes et le peintre agiront à Romainmôtier, les musiciens dans une galerie fribourgeoise.

Les intervenants ont déjà joué ensemble ; le groupe est donc démembré, divisé, et va tenter de retrouver une harmonie de correspondances dans l’improvisation. C’est une opération à risque - est-ce que cela va prendre ou non, est-ce que cela va vivre jusqu’au bout ? -, une tentative délicate de reconstituer une œuvre dispersée dans l’espace mais aussi dans le temps puisque les images des uns et des autres, les sons retravaillés, sont en constant décalage, en constant retard ; avec en inconnue supplémentaire au programme : la lenteur et les incertitudes du réseau internet, qui permet de réunir et de retransmettre les données de chacun.

GESTES EPHEMERES

Un texte de David Collin

La première version de ces notes a été rédigée pendant la performance qui réunissait en Suisse le 3 décembre 2005, à l’ARC - Romainmôtier (A), Maité Colin (videobasse), Michael Egger (mix), et Wojtek Klakla (peinture), et en duplex dans une galerie d’art de Fribourg (B), Gérald Zbinden (guitare), Hans Burgener (violon) et Markus Lauterburg (percussions).

Une performance, deux lieux, sept intervenants. Dispositif : dans un lieu A, trois musiciens improvisent au gré des images qu’ils reçoivent du lieu B, via Internet et les retards dus au réseau. Dans le lieu B, un peintre compose une œuvre toujours changeante, faite de gestes éphémères, d’encre noire et d’effacements successifs. Il « peint » sur une plaque transparente, filmé du dessous par une caméra. Les images sont ensuite jouées par une vidéo bassiste ; elle joue les images qui viennent d’être crées, gardées en mémoire pour un temps limité et qui après coup sont mixées et retravaillées par un opérateur, le dernier maillon de la chaîne des images. Le cercle se referme alors sur les musiciens qui réagissent aux images qu’ils ont provoqué, et cela toujours dans un improbable enchaînement temporel, schéma évolutif dont on ne connaît ni l’ordre, ni le sens du mouvement.

Les musiciens jouent sur quelque chose qu’on ne voit plus, qui parfois, a déjà complètement disparu.

Dans la transparence et le grouillement que propose le mélange et la composition des images, apparaît quelque chose de quasi organique.

Plusieurs décalages font de cette performance, un irrésistible voyage dans le temps : décalage entre l’image et la musique (retard des musiciens vu d’ici) ; entre les gestes accomplis et les gestes montrés ; entre la musique et l’image (le peintre joue sur une musique ancienne qui réagit elle-même à un passé récent sur des images plus anciennes encore. Chacun réagit au retard de son retard.

Quand l’opérateur zoom sur l’assemblage nouveaux des images éphémères, il zoom jusqu’au tréfonds de la matière, d’un corps infini. Grâce à lui, l’opérateur fait danser les images en cascades de zooms ; la rotation hypnotise les présents, les lointains, tout regard rivé au centre de la cible.

A ce moment précis, le magma flou et organique devient nostalgie des débuts de l’image ; on croirait voir une vieille pellicule de film muet endommagé, brûlé, qui survit à peine à sa dégradation vrillée.

Multiplication des gestes, échos de gestes anciens en transparence multiple.

Un geste éphémère élabore une peinture sans cesse recommencée, effacée, superposée, reconstituée par flux de matière versée. Gestes du peintre : verser, étaler, repeindre sur la peinture, couvrir et découvrir, recouvrir, remplir, effacer, strier. Gestes de la bassiste : jouer des gestes comme si c’étaient des notes ; polyphonie gestuelle.

Il y a parfois un visage ou une forme humaine qui sort du noir, du blanc, qui transparaît, qui apparaît au-delà de l’informel, et quand la forme revient, elle est toujours en esquisse, en perpétuelle esquisse. Alors qu’on la croit finie, elle recommence à s’esquisser à partir de rien, ou à s’esquiver pour un rien.

Par excès de transparences, on a parfois l’impression que le peintre dessine du blanc, dans le vide.

En traçant du noir sur du noir, on ouvre des brèches de blanc, on redécouvre le vide et la transparence.

A la fin du geste apparaît derrière le noir, une fine baguette de maître d’œuvre, contours de blanc sur le blanc, geste fantôme qui traverse derrière la peinture moribonde. Derrière le geste présent, vivant, il y a la réminiscence fantôme de ceux que l’ont précède, ou d’un seul démultiplié qui palpite encore, comme un cuisse de grouille sans tête qui sursaute après qu’on l’ait tranchée.

Apparition de figures, d’ombres figuratives (quand on revient aux sources d’apparition, soudain les bras disparaissent, l’homme assis se transmute en monstre, se fond dans d’autres silhouettes collées, assis derrière, en dedans, emmêlées dans un tissus de gestes, de forêt de bras partout, sauterelles ou milles pattes brouillés.

A la toute fin ça ne veut pas mourir. Le décalage endémique fait qu’il y en a toujours un qui flanche, qui recommence à mourir, qui respire à nouveau. A la recherche du blanc, de la saturation, de l’omniprésence du vide et du silence.

Les ombres derrière la toile de parachute (il faut sauter) de l’autre côté de la ligne sont les spectres d’un temps révolu.

A un moment donné, la main du peintre au centre, épurée, autour d’elle s’agite le geste de la main libérée, disjointe…

A la fin. Le silence ; noirs et blancs aspirés dans le silence.
dc v.3– 8.12.05

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  1. […] Extrait du concert en duplex de Fribourg et Romainmôtier. Wojtek Klakla (painting), Maïté Colin (videobass), Michael Egger (videomix), Gérald Zbinden (guitars), Hans Burgener (violon), Markus Lauterburg (percussions) […]

    Pingback par [ a n y m a ] - Gestes éphémères - un extrait — 13 février 2006 @ 12:49

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